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Zoé, une araignée comme les autres (Les travaux de la nouvelle passerelle)

Je suis une Tetragnatha extensa. Je sais, ça ne vous dit strictement rien et c'est normal. Allez, je vais vous aider un peu, je fais partie des Tetragnathidae, une famille d'araignées aranéomorphes au corps allongé et à l'abdomen au reflet métallique. J'ai pour habitude de tisser une toile orbitèle (ce qui rappelle les Araneidae) caractérisée par un moyeu ouvert, un nombre faible de rayons et une spirale collante relativement lâche. Ma famille compte environs 50 espèces, qui privilégie les habitats humides (surtout près de l'eau).
Voilà. Vous savez tout. Mes copines m'appellent Zoé, et nous vivions heureuses tout près de votre village de nains et d'irréductibles emmerdeurs. Je sais pas trop ce que ça veut dire, mais j'ai entendu deux humains parler de vous comme ça, au bord de ma rivière, juste avant le drame. Ben oui, parce qu'il y a l'avant et l'après. Avant on était toute une colonie de Tetragnatha extensa, nous vivions toutes ensemble à l'ombre du petit Pont, on attrapait des tas de mouches et même une fois une libellule ! Imaginez la fête et le gueuleton qu'on a fait !! Je me souviens, c'était en août de l'année dernière. Et puis il y a eu ce jour maudit : tout d'abord la terre a tremblé pendant deux jours entiers. On commençait à s'inquiéter un peu car ça se rapprochait de plus en plus. A la tombée du jour, Agathe, ma voisine la plus proche, m'a rendu visite sur ma toile, elle était un peu inquiète car elle pensait que de grands changements étaient en cours et qu'il allait falloir nous enfuir sous peine de finir par disparaître complètement. j'ai tenté de la rassurer un peu, faut dire qu'Agathe est peureuse et a tendance à tout dramatiser. Elle est repartie apaisée, et j'ignorais alors que je ne la reverrai plus.
Le lendemain matin, la terre a tremblé de nouveau et soudain j'ai entendu la voix d'Agathe qui me hurlait :
- Zoé, sauve-toi, ils font une digue, ils bousillent toute la rive, il faut fiche le camp sinon on va finir écraser !!
Là, j'avoue avoir eu les jetons, je n'ai fait ni une ni deux, je suis partie en courant de toutes mes forces. Le ciel s'est obscurci comme s'il allait me tomber dessus et puis ce fut l'apocalypse : j'ai senti une masse énorme m'effleurer les pattes arrière tandis qu'une déflagration me projetait un mètre en avant, directement dans l'eau de l'Ognon. J'eus à peine le temps de me retourner pour voir qu'effectivement la berge où nous vivions était devenue une digue digne des plus grandes plages de vendée. Agathe avait disparu ainsi que tous les insectes, araignées, petits rongeurs qui vivaient sur ces dix mètres de rive... Rien n'avait été prévu pour nous, il n'y avait plus qu'à décamper sans rien demander en échange sous peine d'écrasement, d'anéantissement...
Peut-être que pour vous ces quelques mètres d'herbes, de boues, de cailloux, ça ne représente pas grand chose, mais pour nous c'était notre habitat, notre demeure. Peut-être que l'équilibre se refera spontanément un peu plus loin, peut-être, mais en êtes-vous sûrs ? Vous êtes-vous seulement posé la question ?

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